Les tricheurs

On peut approuver ou non la politique générale de M. Sarkozy ; on peut apprécier ou non sa personnalité ; mais, face aux deux décisions électorales essentielles qu’il s’apprête à prendre, on ne peut avoir qu’une réaction indignée : ce sont des opérations de tricheur.

La première tricherie est simple comme une filouterie de base. Imaginons qu’à une élection présidentielle le candidat de droite obtienne un peu plus de 51% des voix et celui de gauche 49% ; que dirait-on si on proclamait la gauche victorieuse ? On crierait au scandale et on aurait raison. Et bien, c’est exactement ce que le clan au pouvoir propose pour les prochaines législatives mais en sa faveur : un découpage électoral tel que, minoritaire en voix, la droite l’emporterait néanmoins en sièges. Le peuple, s’il veut l’alternance, serait privé de sa victoire.

Par quelles techniques ? L’addition de plusieurs filouteries : un découpage géographique aberrant des circonscriptions représentant les Français de l’étranger ; l’arbitraire dans le choix des suppressions et des créations de sièges ; la mise en place de « bourgs pourris » par une saturation à gauche de circonscriptions déjà favorables à celle-ci, permettant en retour d’attribuer préférentiellement à la droite des circonscriptions jusqu’ici équilibrées. Le constat est implacable : si le projet est appliqué, la gauche affrontera les élections législatives avec un handicap de départ d’une trentaine de sièges.

On objectera que ce découpage a été examiné par une Commission nommée par le pouvoir : la belle affaire ! On remarquera que les circonscriptions des principaux leaders de gauche ne sont pas menacées : les tricheurs ne sont pas nécessairement des maladroits.  On précisera que le Conseil d’Etat a été consulté : consulté, mais pas suivi. On ajoutera que le Conseil Constitutionnel sera saisi : sa composition ne fournit aucune garantie. Quant au Parlement, il ne sera saisi que pour ratification de l’ordonnance entérinant cette manipulation et de toutes façons on connait sa majorité arithmétique : pourquoi la droite se déjugerait-elle ?

Ce gouvernement d’honnêtes gens entend ne pas contenter d’une seule forfaiture. Il veut doubler la mise avec les élections régionales et cantonales. La majorité des régions et des départements ont le toupet d’avoir choisi la gauche pour les diriger ; il faut que cela cesse ! 

Aux dernières nouvelles, on invente donc un autre système tordu où, sous couvert de réduire le nombre des élus locaux budgétivores – un peu de démagogie au passage –, on redécoupera les circonscriptions régionales et départementales en créant des supers-cantons. Cela risque de ne pas suffire ? On concocte un double système de vote : dans les cantons ruraux, souvent à droite, on votera au scrutin majoritaire pour favoriser cette dernière, cependant que dans les villes, généralement à gauche, on votera à la proportionnelle pour que la majorité actuelle reçoive là aussi sa portion. L’UMP gagnera donc au tirage et au grattage. Le reste – la réduction toute théorique du nombre des échelons locaux, la pseudo-clarification des compétences, etc…, – n’est qu’un habillage pour gogos. De quoi vous plaignez vous ? Cela ne s’appliquera qu’en 2014 ! Comme si une escroquerie était moins choquante parce que son échéance est différée.

Bref, alors que les citoyens pensent pouvoir le moment venu exprimer librement leur opinion et faire jouer l’alternance s’ils le souhaitent, le clan des tricheurs, non content de contrôler déjà une bonne partie des pouvoirs médiatique et financier, s’apprêtant à placer sous sa coupe le judiciaire, veut fausser le système électif démocratique lui-même.

Je propose d’appeler les choses par leur nom : ces opérations sont des combinaisons et leurs auteurs des tricheurs. Il faut exiger un découpage et un scrutin honnêtes, c’est-à-dire qui respectent la volonté populaire.

 

Laurent FABIUS

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Mensonges d’Etat

Le discours du chef de l’Etat à Versailles lundi dernier comportait deux novations importantes.

L’une concerne le prochain grand emprunt censé préparer l’avenir et qui – aspect annexe ? – devrait porter le nom de son initiateur. Cet emprunt a un objectif, évidemment mensonger : dépenser plus sans payer plus.

La France, en grande partie à cause de la politique présidentielle, est lourdement endettée. « En quasi-faillite » précisait le Premier ministre dès avant la crise. Et pourtant le chef de l’Etat veut pouvoir continuer à dépenser sans régler la facture, il est vrai peu populaire, qui s’appelle impôts.

Pour financer quoi exactement ? Des priorités que, plus de deux ans près son élection, on a besoin de trois mois pour choisir ! Pour quel montant ? Vous verrez bien ! Selon quelles modalités ? Elles restent à définir ! Même si on devine que, pour sécuriser l’opération, l’emprunteur en chef n’hésitera pas sur les gâteries qui coûteront finalement plus cher au contribuable que les financements actuels. A moins que l’inflation – espoir secret de monsieur Déficits – ne vienne ronger la dette… et gruger les souscripteurs.

Financièrement, tout cela est plus qu’hasardeux. Politiquement, il paraît que c’est du grand art.

Le deuxième mensonge d’Etat concerne ce que ce pouvoir appelle « réforme territoriale » et qu’il serait plus clair d’appeler « manipulation électorale ».

L’opération a commencé avec le charcutage des circonscriptions législatives. Un projet secret de redécoupage, corrigé par une commission dont le détail du travail est également secret, le tout aboutissant à conférer un avantage de départ indu à l’UMP d’environ 20 à 50 sièges lors des prochaines législatives.

Mais le clou de l’affaire, c’est la « réforme territoriale » elle-même. Personne ne conteste la nécessité d’une réforme des collectivités locales. Nous la proposons : redistribution des compétences pour les rendre plus cohérentes et plus claires, refonte des financements afin de les rendre plus justes, solidaires et pérennes, démocratisation des regroupements communaux, etc.

Ce qui intéresse vraiment le chef de l’Etat, c’est autre chose : changer le mode de scrutin pour faire basculer vers l’UMP le maximum de régions et de départements. Pour cela, on invente le « conseiller territorial », nouvel élu chargé à la fois du département et de la région. Mais surtout élu désigné sur une base différente : en milieu rural ce sera le scrutin majoritaire, favorable à la droite ; en milieu urbain ce sera la proportionnelle qui assurera également son pourcentage à la droite. Conseiller territorial + changement de scrutin = collectivités locales à droite. Bingo !

Bien entendu, il faut habiller tout cela. Le thème choisi est : nous réduisons le nombre des élus et diminuons ainsi la dépense publique. Peu importe que, parmi les collectivités publiques (Etat, sécurité sociale, collectivités locales), ces dernières soient financièrement les plus vertueuses et les mieux gérées. Peu importe que l’économie éventuellement engendrée par la réduction du nombre des élus soit marginale. Peu importe qu’il soit absurde pour promouvoir les régions de les faire diriger par des conseillers cantonaux. Peu importe que ce montage s’accompagne d’une poisseuse démagogie anti-élus. L’essentiel est de mobiliser dans ce seul but : chasser la gauche de la gestion des territoires, assurer sur un tapis vert la victoire sans partage de M. Sarkozy, qui pourra compter pour y parvenir sur l’objectivité incontestable de son nouveau ministre de l’Intérieur.

Et si on s’avisait de comprendre tout cela, pire de vouloir expliquer ces mensonges d’Etat, l’antidote médiatique est disponible. Exemple du 20 heures de France 2 cette semaine : lundi, M. Sarkozy en majesté à Versailles ; mercredi, M. Fillon en plateau ; samedi, M. Bertrand en plateau. Mais je le reconnais : au moment où j’écris ce billet la semaine n’est pas terminée !

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Verdir la dette

Nous sommes face à deux urgences : la crise économique et sociale, le défi écologique. Notre intérêt n’est pas d’y répondre séparément mais conjointement.

Le redémarrage économique impose de miser massivement sur la « croissance verte » : transports collectifs, isolation des logements, crédits d’impôts, bonus écologique, modulation de l’impôt sur les sociétés… C’était la direction du Grenelle de l’environnement, très insuffisamment mise en œuvre par le gouvernement.

Mais il faut aussi penser l’après-crise. Pour les besoins de la relance, de nombreux pays alourdissent leurs déficits. En 2009, la dette cumulée des Etats européens contractée pour faire face à la crise sera d’environ 120 milliards d’Euros. En France, la dette publique devrait dépasser 80% du PIB d’ici deux ans. Cela n’est pas soutenable sur le long terme.

Comment revenir à des finances saines sans obérer la croissance et en prenant en compte le défi environnemental ? Cet enjeu décisif se prépare maintenant. Je fais une proposition : verdir la dette. Que la France, avec ses partenaires européens, s’engage aujourd’hui à rembourser la dette due à la relance par des « revenus verts » : notamment ceux de la fiscalité écologique et de la mise aux enchères des permis d’émission de CO2.

Les marges de manœuvres existent : les « taxes vertes » représentent à peine 5% des recettes en France, contre plus de 10% pour le Danemark ou les Pays-Bas. Elles sont en baisse continue depuis 2002. Notre retard s’accentue. Nous pouvons, nous devons faire beaucoup mieux.

Le plan de « verdissement » de la dette pourrait prendre la forme d’un échéancier de remboursement, conditionné à l’évolution de la conjoncture -rembourser trop tôt freinerait la reprise- et à l’augmentation de la part des « revenus verts » dans la fiscalité des Etats. Cette stratégie présenterait plusieurs avantages : elle permettrait de réduire la fiscalité sur les ménages les plus modestes, sur le travail, sur l’innovation. Elle renforcerait la crédibilité de l’engagement des Etats à rééquilibrer leurs budgets. Elle amorcerait une véritable coordination européenne des politiques économiques en limitant la concurrence fiscale. Elle constituerait un levier puissant de coopération.

L’après Kyoto se décidera en décembre, au sommet de Copenhague. Pour la communauté internationale, c’est une occasion historique de répondre aux deux urgences de notre temps : l’enjeu de la ‘soutenabilité’ de notre modèle de développement rejoint celui de la ‘soutenabilité’ des finances publiques. A Copenhague, si la France et l’Europe jouent leur rôle, nous pouvons relever ce double défi.

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Retour de Chinamérique

Le hasard des visites a voulu que, à quelques jours d’intervalle, je séjourne à Washington puis à Pékin. Les impressions et les messages sont nombreux. Quelques lignes sur quatre d’entre eux.

A Washington, dans l’agenda international, une préoccupation domine tout, « l’Afpak » : comprenez l’Afghanistan et le Pakistan. L’Irak, l’Iran, le conflit israélo-palestinien, la Corée du Nord, constituent certes des questions majeures. Mais les talibans en Afghanistan, et surtout leur avancée à proximité d’Islamabad, l’emportent sur tout le reste. Il faut dire que, lorsqu’on examine les faits, à savoir le bourbier afghan, plus le désastre pakistanais, plus la possession par Islamabad de l’arme nucléaire, plus le désarroi des politiques, l’alarme est fondée. Elle devrait l’être aussi pour l’Europe, qui doit attacher à l’Afpak plus d’attention que des slogans tout faits.

A Pékin, il se confirme que, au moment de la présidence française de l’Europe, nous avons manqué une exceptionnelle occasion de développer le partenariat euro-chinois. La présidence Bush était finissante, l’autorité de Barack Obama pas encore affirmée, et voilà qu’au lieu de nouer des projets ambitieux et concrets entre l’Europe et la Chine, M. Sarkozy a pataugé. Les Chinois ont la mémoire longue et n’acceptent pas de perdre la face. Résultat : on parle de plus en plus à Washington et même à Pékin d’un G2, une alliance Chine-Amérique qui aborderait les grands problèmes du monde, alors que ceux-ci sont tous de nature multipolaire et que la Chine revendique précisément une approche de ce type. Il est temps de dire les choses clairement : les problèmes multipolaires ne se règleront pas dans un G2. Encore faudrait-il que l’Union Européenne croie à ses propres atouts et les mette en valeur.

A cet égard, vue de Washington comme de Pékin, la position monétaire de l’Union Européenne est incompréhensible. Nous devrions être les premiers à proposer une réforme du système monétaire international actuel, qui fait la part belle à la domination du dollar et au dumping monétaire. Il est absurde que l’Euro, deuxième monnaie de réserve du monde, n’ait pas de représentation propre au FMI alors que des pays qui n’ont plus de monnaie spécifique (l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Italie, etc.) continuent, eux, de disposer d’un quota. Proposons de regrouper notre représentation européenne et de réduire nos quotas nationaux. Proposons qu’avec les quotas ainsi rendus disponibles, on traite mieux les grands pays émergents dont la Chine et l’Inde. Proposons qu’aucun pays ne puisse plus au FMI disposer – c’est le cas des Etats-Unis – d’une minorité de blocage. Bref, proposons d’aller peu à peu vers un système monétaire vraiment multipolaire. La grande crise financière n’est pas séparable des désordres monétaires. Guérir celle-là exige de s’attaquer à ceux-ci. L’Europe – et la France – devraient porter sur le fond ces propositions d’action.

Quant à la crise elle-même, la différence de perception entre nos continents saute aux yeux. Pessimisme en Europe, interrogations aux Etats-Unis, optimisme en Chine où la croissance cette année atteindra plus de 6%. S’il est vrai que l’économie est pour l’essentiel de la psychologie, alors la reprise viendra d’abord de Pékin et de Washington. Ceux que j’ai rencontrés la situent au mieux fin 2010, au pire en 2013. Préparons-nous donc à des mois difficiles et essayons de faire en sorte que l’Europe soit davantage présente.

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Pour un FMI vraiment multipolaire

Les photos du G20 de Londres datent maintenant d’un mois, restent les progrès concrets à accomplir pour que les bonnes résolutions prises soient suivies d’effets.

Le FMI va disposer de moyens d’actions supplémentaires : c’est important et positif, surtout lorsqu’on voit la longue liste des pays qui ont besoin de soutiens massifs pour éviter l’asphyxie.

Un aspect, notamment, n’a pas été traité : la répartition des pouvoirs au sein du FMI. Schématiquement, la situation actuelle est celle-ci : les Etats-Unis détiennent une minorité de blocage, les Européens possèdent des droits de vote au total élevés mais éclatés, cependant que les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil,…) sont outrageusement sous-représentés. Le FMI a été jusqu’ici une sorte de G2 sans la Chine, c’est-à-dire Etats Unis + Europe.

Il est urgent de mettre en place une réforme dont les trois principes devraient être les suivants.

Il est absurde que la deuxième monnaie de réserve du monde, l’euro, ne soit pas représentée en tant que telle au Fonds Monétaire International. Les pays de l’euro devraient donc regrouper leurs droits de vote et au total les réduire. L’Eurogroupe doit désormais constituer un vrai groupe au sein du FMI.

Deuxième principe, aucun pays ne devrait pouvoir à lui seul détenir une minorité de blocage. C’est le cas des Etats-Unis. Leur quota devrait être revu dans une approche réellement multipolaire.

Enfin, avec les « quotas » supplémentaires ainsi dégagés, les pays aujourd’hui sous-représentés, notamment la Chine, verraient leur représentation accrue et leur contribution au FMI aussi.

Cette réforme est indispensable pour donner sa pleine force à la régulation monétaire et financière dont le monde a besoin. Oui, nous avons besoin d’un FMI vraiment multipolaire.

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Sommet du G20, sommet de l’OTAN: les deux logiques

A quelques heures d’intervalle, le sommet du G20 à Londres et celui de l’Otan à Strasbourg ont imprimé leur marque aux années qui viennent. Mais le plus important est peut être ailleurs : ces deux événements comportent deux logiques différentes, voire contradictoires. Il faudra bien qu’une des deux l’emporte.

Le sommet de Londres exprime une logique multipolaire, en tous cas oligopolaire. Vingt pays dirigeants et non plus sept ou huit, les émergents et plus seulement le club des riches, la régulation plutôt que le dieu-marché, un retour en grâce des institutions internationales, notamment le FMI : autant de raisons d’approuver ces avancées même si beaucoup d’aspects (par exemple la lutte contre les paradis fiscaux et l’encadrement des fonds spéculatifs) restent à appliquer concrètement et si des trous béants subsistent : rien sur la relance économique immédiate indispensable, rien non plus sur un autre système monétaire international à construire ni sur le nouveau modèle de développement indispensable. Londres restera comme le sommet des « avancées mais… ». Avec trois vainqueurs : Obama, le FMI et la Chine. Et le passage d’une domination exclusivement américaine à un directoire chinaméricain ou oligopolaire.

A peine 24 heures après, c’est le retour à la logique des blocs. Qu’est-ce en effet que l’OTAN aujourd’hui sinon une « alliance contre x » ? L’alliance se cherche. Hier limitée au territoire européen, tournée contre les forces soviétiques et défensive, aujourd’hui axée sur la lutte contre le terrorisme et pour la sécurité énergétique, elle intervient en Afghanistan, peut être demain en Asie. Sous Bush, c’était le malencontreux « bloc de l’occident ». Désormais, avec Obama moins manichéen, c’est toujours un bloc, mais plus difficile à dénommer, et qui nécessairement engendre face à lui un autre bloc. D’où l’erreur de la France de réintégrer cette logique des blocs, avant même d’ailleurs que l’organisation n’ait redéfini clairement sa mission.

Au sommet du G20, l’Europe a apporté ses idées. Pour autant, elle a vu un peu plus s’estomper sa puissance. Au sommet de l’OTAN, elle s’est rangée sous un nouveau commandant en chef, sans rien gagner apparemment pour la défense européenne. Ces deux-sommets se sont déroulés sur son sol : piètre consolation pour un acteur qui, faute d’unité et de volonté, perd de son poids.

Entre ces deux logiques, il faut choisir. La logique multipolaire, c’est celle de l’avenir du monde. Ce doit être aussi la nôtre.

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Pour un emprunt européen

Face à la crise, comment réagissent les principaux « ensembles » du monde ? Les Etats-Unis de Barack Obama ont engagé un plan de relance de 800 milliards de dollars. La Chine, près de 600 milliards. Le Japon, plus de 500 milliards.

Et l’Europe ? Malheureusement, le plan de relance ‘européen’ dévoilé en novembre 2008 a surtout d’européen le nom. Sur les 200 milliards d’Euros annoncés, 85% proviennent des budgets nationaux ; 30 milliards relèvent d’une vraie action européenne.

Cette non-Europe a deux causes. L’une est politique : Jose Manuel Barroso, en fin de mandat, est tétanisé dans l’inaction. Que retiendra-t-on de ses 5 années ? La Directive Bolkestein, en 2005 ? Celle autorisant le travail jusqu’à 65 heures par semaine, en 2008 ?

L’autre cause est économique. Le budget européen pèse 120 milliards d’Euros, soit à peine 1% du PIB de l’Union. Difficile d’agir fort avec une proportion aussi faible.

Cette absence d’une vraie relance européenne est pénalisante. Pour être efficace économiquement, il faut une certaine taille critique ; elle n’est pas atteinte. Il faut aussi que l’action soit coordonnée à l’échelle européenne ; ce n’est pas réellement le cas. Enfin, et c’est une conséquence grave, l’absence d’Europe conduit des pays déjà endettés à s’endetter encore plus. C’est le cas de la France, dont la dette pourrait dépasser les 80% du PIB dans les prochaines années. La crise a commencé avec l’insolvabilité des ménages américains. Il ne faudrait pas qu’elle se prolonge par celle des Etats européens.

Si l’Europe veut apporter une réponse à la mesure de la crise, elle doit s’en donner les moyens. Une solution existe : permettre soit à plusieurs pays conjointement, soit à l’Union elle-même d’emprunter. L’article 269 du traité instituant la Communauté européenne l’interdit. Il faut passer outre à cette interdiction.

L’Euro et l’Europe jouissent d’une certaine cote de confiance auprès des investisseurs. Un emprunt européen permettrait de lever des fonds pour réaliser de grands travaux (éco-innovations, infrastructures etc.), soutenir l’industrie européenne et ses salariés, financer la recherche. Il contribuerait à rééquilibrer les taux de change Euro/Dollar et Euro/Yuan, donc à améliorer la compétitivité des entreprises européennes sur les marchés étrangers. Il soulagerait les budgets nationaux.

On a beaucoup glosé sur le « succès » de la Présidence Française de l’Union européenne, en 2008. Il y eut, bien sûr, quelques avancées ponctuelles. Mais allons à l’essentiel : face à la crise, d’abord financière puis économique et sociale, qu’a fait le Président Français ? Malheureusement pas grand-chose.

Il est plus que temps d’agir. Tout État-membre peut proposer une modification des règles européennes. J’en propose une, simple, concrète, souvent évoquée, jamais mise en œuvre, indispensable aujourd’hui : autorisons l’Europe à emprunter.

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